Il y a quelques années un magazine aujourd’hui regretté et disparu sur le Web, (Terri(s)toires) avait la générosité de me payer pour que j’y publie des bêtises de mon cru. J’y ai ainsi tenu, entre autres, quelques temps une chronique sur les métiers disparus, pour la plupart imaginaires. L’une d’entre elles racontait le destin des « ermites ornementaux » dont j’avais imaginé la mode au XIXe siècle à La Baule (je m’inspirais d’un cas britannique présumé réel, devenu presque une vague légende urbaine historique). Il s’agissait d’ermites qui vivaient dans des grottes artificielles en fonds de vastes propriétés, à fin de décoration, et dont la vision servait à apaiser les âmes bourgeoises tourmentées.
Or on ne sait jamais ce que deviennent les textes, ni l’impact qu’ils peuvent avoir sur ceux qui les lisent. Un jour, il y a peut-être 2 ans ou plus, une autrice de BD, Gabrielle Piquet, me contacte pour me demander si elle peut utiliser l’argument de ma chronique -« bien sûr », puisque je ne détiens pas le monopole de l’ermite ornemental.
Aujourd’hui je viens de recevoir son roman graphique qui sort ce 17 janvier : « La Mécanique du sage » (qui me remercie — et j’en suis fort honoré). L’ermite ornemental n’est qu’une partie intégrée à l’histoire globale qui est riche et complexe : Gabrielle Piquet a créé tout un personnage profond, tout un contexte surprenant tant du point de vue du récit, très écrit, littéraire, que de son bluffant travail graphique (qui doit, explique-t-elle, à de grands dessinateurs passés dont j’ignorais jusque là l’existence) et celui de composition. Elle s’est tout approprié, et l’a transcendé dans son propre roman… Je viens de recevoir et de lire son ouvrage. Je suis épaté — et pas parce que je suis indirectement et très partiellement de la partie —, car… c’est tout simplement, et absolument, remarquable. C’est une BD d’un caractère unique. Alors, ben voilà, > je vous la recommande vivement (Ed. Atrabile).